Lettre d'adieu de Roger QUINTRIC
écrite de la maison d'arrêt de Saint-Brieuc




Roger QUINTRIC


QUINTRIC Roger
Né le 6 juillet 1920 à Mellionnec (Côtes-du-Nord, Côtes d'Armor), fusillé le 6 mai 1944 à Ploufragan (Côtes-du-Nord, Côtes d'Armor), inspecteur de police, FTP.
Passages essentiels de la lettre écrite pour ses parents.
...

Le destin vient de s'ouvrir, ma sentence sera prochainement exécutée.

Je m'y attendais, je ne m'étais pas fait d'illusions sur mon sort.

Je suis passé en jugement, au réquisitoire, je suis condamné à la peine de mort.

Je ne suis pas seul.

Malgré tout ce que l'on aura pu dire de moi, je mourrai avec la conviction d'avoir fait quelque chose pour la France, car on ne fusille pas pour un simple "vol".

Les lois de la guerre. Non, ce n'est pas cela, j'étais Franc-Tireur.

Ma peine, je n'en ai pas.

Je n'ai qu'un regret, celui de ne pas voir la victoire finale.

Sans espoir ? Oui, pour moi, mais toi Papa, tu pourras dire que ma mort sera digne d'un bon Français.

Ma patrie, je n'en ai qu'une. Je n'ai pu me mettre à genoux devant l'oppresseur. Pour moi c'est la fin, mais la France sera belle après la guerre.

Tu auras payé ton tribut, tu pourras lever la tête et regarder fièrement cette terre pour laquelle on sait mourir.

Je pense à mon oncle François, tué à l'autre guerre, et espère que mon frère François (1) arrivera pour vous donner une consolation qui sera la mienne.

J'embrasse tout le monde bien fort, Ida, ma mère, et surtout ma grand-mère.

Roger.

(1) François Quintric, né le 17 août 1910 à Mellionnec, menuisier, demeurant à Méllionnec, arrêté à son domicile le 6 juillet 1944, assassiné par les Allemands le 11 juillet 1944 à Querrien dans le Finistère.